Philippe Hersant Philippe Hersant

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Biographie
Interview exclusive
Concert au théâtre Graslin

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Biographie :

Né le 21 juin 1948 à Rome (Italie)
Licencié ès Lettres
Prix d'écriture au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où il a été l'élève d'André JOLIVET (Classe de Composition).
Boursier de la Casa Velázquez, à Madrid (1970-72) et de la Villa Médicis, à Rome (1978-80)
Producteur à France Musique, depuis 1973.

• Prix Georges Enesco (1982) et Prix de la meilleure création contemporaine (1986), pour son Quatuor à cordes n° 1, décernés par la SACEM.
• Nommé aux Victoires de la Musique en 1986, pour son Quatuor à cordes n° 1.
• Grand Prix Musical de la Ville de Paris (1990)
• Prix des Compositeurs de la SACEM (1991)
• Missa brevis (en 1991) et Landschaft mit Argonauten (en 1995) ont été distingués par la Tribune Internationale de l'UNESCO.
• Prix Nouveaux Talents, décerné par la SACD (1993).
• Nommé dans les catégories « Musique Contemporaine » et « Spectacle Lyrique » aux Victoires de la Musique Classique 1993, pour Le Château des Carpathes.
• Les enregistrements du Quatuor à cordes n° 1 et du Château des Carpathes ont obtenu un Grand Prix de l'Académie du Disque français.
• Prix Arthur Honegger 1994, pour le Concerto n°1 pour violoncelle.
• Prix du Syndicat de la Critique Musicale et Dramatique 1994, pour Le Château des Carpathes et le Concerto n°1 pour violoncelle.
• Prix Maurice Ravel (1996)
• Nommé, pour deux ans, « compositeur en résidence » auprès de l'Orchestre National de Lyon (de septembre 1998 à septembre 2000)
• Grand Prix de la Musique Symphonique, décerné par la SACEM (1998)
• Grand Prix Musical de la Fondation Simone et Cino del Duca, décerné par l'Académie des Beaux-Arts. (2001).
• Victoire de la Musique classique - Compositeur de l’Année en 2005
• Tête d’affiche du Festival Présences de Radio France en 2004. Une rétrospective de ses œuvres a été proposée à cette occasion, ainsi que la création de son Concerto pour violon, commandé par Radio France.
• L'opéra Le Moine noir (d'après Anton Tchekhov), commandé par l'Opéra de Leipzig, a été créé en mai 2006.
• Président de la Commission Musique à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) (2008 – 2009)
• Nommé en 2008 compositeur en résidence à l'Orchestre de Bretagne pour trois saisons.
• Nommé en 2008 - 2009 - 2010 aux Victoires de la Musique Classique – catégorie Compositeur de l’Année

Interview exclusive :

Huit questions à Philippe Hersant


Pouvez-vous évoquer une émotion artistique récente ?

Les « Récits de la Kolyma » de Varlam Chalamov, le livre que je suis en train de lire en ce moment. C’est un ami qui me l’a conseillé. Chalamov a passé 17 années de sa vie dans les camps du Goulag. Le camp, dit Chalamov, est une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s’y passe, ni même le savoir. Il s’agit malgré tout d’une connaissance essentielle, une connaissance de l’être, de l’état ultime de l’homme, mais acquise à un prix trop élevé.
Ce livre est beaucoup plus qu’un simple témoignage. Il y a une construction complexe que je devine mais que je ne parviens pas encore à saisir. Par exemple, une même histoire va apparaître à plusieurs reprises, racontée à chaque fois de manière différente ; s’agit-il de faire comprendre au lecteur qu’il est impossible de la raconter vraiment ? Sans doute, mais il y a sûrement autre chose… C’est par ailleurs un livre qui n’obéit à aucune chronologie ; on ne sait jamais quand ont lieu les faits ; il n’y a pas d’avant ou d’après ; les récits semblent empilés dans le désordre, souvent à l’état de fragments…
Pourtant, l’ensemble est organisé en six « chants » ! Je crois en réalité que rien n’est laissé au hasard. Il y a plus de 1500 pages. Je dois finir ce livre, en percer le mystère.


Un très grand nombre de vos œuvres sont inspirées par des musiques extra-européennes : une chanson séfarade espagnole, un chant des indiens Hopi du Colorado, une improvisation berbère, des polyphonies des aborigènes de Taïwan… Mais aussi la Turquie, les Balkans, l’Afghanistan, la Mongolie, le Burundi, le Japon, l’Amérique du Sud…
Qu’est-ce qui vous attire dans ces musiques ?
Leur fraîcheur, une certaine naïveté, un lien avec la nature ?


Un peu tout cela sûrement….
Pour aller plus loin, je dirais que toutes ces musiques m’évoquent un paradis perdu. Elles expriment pour moi l’enfance du monde. Cela me renvoie d’ailleurs - est-ce un hasard ? - à l’œuvre que je suis en train d’écrire en ce moment pour le chœur Mikrokosmos, une pièce inspirée par le texte de choral « Durch Adams Fall ist ganz verderbt » (« A cause de la chute d’Adam, tout est corrompu »). Le jardin d’Eden est fermé à jamais.
Mais je relie aussi cette enfance du monde à la nostalgie de ma propre enfance.
Je voudrais vous donner un exemple : je me remémore très souvent, encore aujourd’hui, ces quelques semaines magiques passées à marcher dans les rues de Florence, en Italie, alors que j’avais 14 ou 15 ans. C’est le cinéaste François Truffaut qui a dit, je crois, que c’est l’âge où tout survient pour la première fois ; il se trouve que ses films sont habités par le désir de donner à voir ce moment enchanté de la vie.
J’ai exactement le même projet comme compositeur. Je fais la même chose que le cinéaste : je cherche à retrouver et à faire résonner cette intensité de la première fois. Et je le fais avant tout pour moi-même, de manière très égoïste !
J’ai d’ailleurs écrit un conte musical, Léo et Marie, qui évoque précisément cela.


Hormis les musiques extra-européennes, l’autre grande source d’inspiration qui traverse votre musique est indéniablement la littérature. Plus précisément les poètes : Rimbaud, Hölderlin, Trakl, Bashô, Li Po, Milton…
Or ce ne sont pas les plus faciles !
N’y a-t-il pas là comme une contradiction au sein même de votre œuvre : la limpidité et l’« immédiateté » des musiques traditionnelles d’une part, l’hermétisme et la haute culture de textes savants d’autre part ?


Ce que vous dites est juste…
Mais la contradiction n’est peut-être qu’apparente. Car les poèmes que j’ai choisis chantent justement cela : un paradis perdu, un bonheur paisible et ancien irrémédiablement enfui. Leurs auteurs consacrent même tout leur art et toute leur science à évoquer une condition humaine condamnée à être hantée par ce souvenir.
Voici quelques uns de ces poèmes qui m’ont inspiré :
Wei Zhuang : « Rideaux d'azur haut enroulés / Balustrade aux méandres sans fin / Nuages épars, eaux étales, arbres à la brume mêlés / Cœur minuscule, pensée infinie » (Méandres sans fin, traduction de François Cheng).
John Milton : « Loin de ces fleuves, un lent et silencieux courant, le Léthé, fleuve d’oubli, déroule son labyrinthe liquide » (Le Paradis perdu).
Friedrich Hölderlin : « Diverses sont les lignes de la vie / Comme sont les chemins, les contours des montagnes / Ce que nous sommes, un Dieu l'achèvera là-haut / Dans la paix, l'harmonie et l'éternelle Grâce » (Les Lignes de la vie)
Trakl : « Et lui s’en revient, le long des berges vertes, bercé sur une noire gondole, à travers la ville écroulée » (Le voyageur)
Arthur Rimbaud : « Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L’air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant. » (Illuminations).


Retour à l’enfance : certains de vos professeurs ont-ils compté pour vous ?

Sans hésiter, je vous parlerai de Madame Doury, mon premier professeur de piano. Cette dernière avait mis une annonce chez la boulangère du quartier et ma mère l’a contactée. Je suis allé chaque semaine chez cette dame, entre l’âge de 5 et 11 ans. J’ai ensuite été reçu au Conservatoire de Paris.
Comme je n’appartiens pas à une famille de musiciens, je lui dois tout ou presque… Je pense qu’elle m’a « révélé » la musique car je ne me souviens pas avoir fourni un effort pour apprendre quelque chose. J’ai revu plusieurs fois Madame Doury au cours de ma carrière. La dernière fois, c’était en 2004, à l’occasion du « Festival Présence » de Radio-France où plusieurs de mes œuvres furent jouées. Elle est hélas décédée il y a six mois.
J’aimerais aussi citer Georges Hugon, mon professeur d’harmonie au Conservatoire, un merveilleux pianiste qui m’a fait découvrir d’innombrables œuvres du grand répertoire. Il y a enfin Julien Gracq, qui fut mon professeur d’histoire au Lycée Claude Bernard ; c’était un personnage fascinant, très mystérieux.


Dans les brèves notices que vous avez écrites sur vos œuvres, vous dites qu’un certain nombre d’entre elles se sont construites à partir d’un simple motif musical gardé longtemps en mémoire. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce sont des bribes de mélodie, parfois simplement trois notes, ou encore une tournure rythmique… Je les ai entendues au cours d’un voyage, ou encore en écoutant un enregistrement. Elles peuvent résonner longtemps en moi-même mais je peux tout aussi bien les avoir oubliées. Je crois aussi que ma mémoire déforme de temps à autre le motif original, mais cela ne me gêne pas. Il se trouve simplement que cela ressurgit, parfois des années plus tard, alors que je commence à travailler à une nouvelle œuvre. J’en suis souvent le premier surpris. Je pense ici par exemple à ma pièce pour harpe, Bamyan, écrite en 2002. Or, elle s’est élaborée à partir d’un morceau de musique traditionnelle que j’avais entendu plusieurs années auparavant, à l’occasion d’un voyage en Afghanistan. J’observe aussi que la composition d’une œuvre est souvent plus laborieuse pour moi lorsque cette « petite phrase » lancinante fait défaut. Cela ne veut pas dire, toutefois, que l’œuvre soit moins - ou plus - réussie.


Connaissez-vous cette phrase : « La musique savante manque à notre désir » ?

Elle est de Rimbaud ! On la trouve dans les Illuminations.
Il y a d’ailleurs beaucoup d’allusions à la musique (fanfares, scènes lyriques…) dans ce recueil de poèmes en prose. Certaines sont mystérieuses. J’ai moi-même mis en musique quatre poèmes tirés des Illuminations.


L’un d’entre eux se nomme « Démocratie ». Pourquoi justement celui-ci?

Je commence par le lire devant vous :
« Le drapeau va au paysage immonde (…) Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques. (…) Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route ! »
C’est tout simplement pour moi un des plus beaux textes de révolte.
Mais pourquoi l’ai-je choisi ? J’avoue que je ne sais pas très bien.
Car je ne suis pas un révolté... Peut-être plus que je ne le crois ?
Et puis il y a ces mystérieux guillemets : quelqu’un parle, s’exclame.
Qui est-ce ? On ne le sait pas.
Mon œuvre Illuminations est pour chœur d’hommes et quatre cors. J'ai écrit, une fois n'est pas coutume, une partition difficile, extrême dans tous ses paramètres. L'équilibre entre les voix et les instruments étant presque impossible à trouver, j'ai conscience qu'il s'agit d'une oeuvre un peu utopique.


Avez-vous souvenir d’un critique musical qui ait bien parlé de votre musique ou, mieux encore, dont les impressions vous ont révélé quelque chose de vous même dont vous n’aviez pas encore pris conscience ?

Oui, bien sûr, et plus d’une fois… Je me souviens par exemple d’un article de Gérard Condé écrit à l’occasion de la création de ma pièce pour alto, Pavane.
Il disait que ma musique continuait à résonner bien après que la pièce ait été jouée. Cela m’avait touché car, d’une certaine manière, je crois que c’est ce que je recherche : une « prégnance » de l’œuvre - une résonance quasi magnétique - qui se prolongerait bien au delà de sa simple exécution.
C’est un rêve que je poursuis. Ou plutôt, je rêve que mes œuvres provoquent cette expérience chez ceux qui les écoutent…


Paris, février 2008 Propos recueillis par Gilles de Talhouët

Concert :

vendredi 23 janvier 2009, théâtre Graslin - 20h

ensemble utopik

Marie-Violaine Cadoret, alto
Nathalie Henriet, harpe
Philippe Piat, basson
Gilles de Talhouët, flûtes

 
Philippe Hersant (né en 1948) Huit duos (1995)
alto, basson
N° I, II, III & IV
Philippe HersantCinq miniatures
flûte alto
Philippe HersantPavane (1987)
alto
Claude Debussy (1862-1918)Sonate pour flûte, alto et harpe (1915)
Pastorale - Interlude - Final
Philippe HersantHopi (1985 / rev.1994)
basson
Philippe HersantTrois nocturnes (2001)
flûte, alto & harpe
Philippe HersantBamyan (2002)
harpe
Philippe HersantHuit duos (1995)
alto, basson
N° V, VI, VII & VIII

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